17-08-2017 23:15 – La problématique de l’insalubrité à Boghé et esquisse de solutions

La problématique de l’insalubrité à Boghé et esquisse de solutionsAl Housseynou Sy dit Sy Aliou – De nos jours, l’insalubrité est devenue un mal qui gangrène toutes nos villes et villages et défait nos écosystèmes. Alors des questions surgissent :

1) Quelles en sont les répercussions sur la biosphère et la technosphère?

2) Comment lutter contre ce phénomène de société ?

A voir de plus près, on constate que nos villes ressemblent à des dépotoirs de poubelles dues à la négligence et des administrateurs et des administrés. La question mériterait vraiment d’être élucidée et combattue avec sérénité par ceux qui sont en charge de la mairie et par la société civile. Cela implique directement la responsabilité du maire et de son conseil municipal et même au-delà : l’Assemblée et l’Etat.

Pour le contribuable, où passent les impôts et les taxes ? N’ayons pas peur du débat et affrontons le problème à bras le corps.

Faisons le panorama de l’insalubrité à Boghé. Cette ville est prise en sandwich par le fleuve, le marigot adducteur de Djinthou (composante du lit majeur du fleuve) et la plaine du casier pilote de Boghé (CPB). Malheureusement, les berges de toutes ces entités sont le lieu d’exutoire de déchets des populations constitués des trois états de la matière :

1) solide : emballage de marchandises, carcasse de cadavres, viscères de poissons, légumes et fruits avariés;

2) liquide : huile de moteur en vidange, tanins et teinture;

3) gaz : libéré par les échappements de voiture, décor exacerbé par des agressions sensorielles (vrombissement de voiture, tintamarres de mégaphones et de baffles (« on envoyé de l’argent, envoyé du crédit »).

Aussi, le danger réside au fait que ces ordures sont drainées par des eaux doublées du péril fécal avec la défécation à l’air libre, entrainant la prolifération de parasites (les bilharzioses, les ténias, l’ankylostomiase, l’oxyurose, l’anguillulose, l’ascaridiase, le choléra, la typhoïde, la poliomyélite et les hépatites virales).

La proximité du marché avec la réminiscence du poisson due à la DHA (Dihydroxyacétone) et aux excréments des animaux de l’abattoir que jouxte le dépôt primaire n’est pas pour arranger les choses avec des odeurs nauséabondes surtout en période d’hivernage ou pullulent les mouches et les moustiques. Face à cette situation alarmante, l’on ne doit afficher ni fatalisme, ni démission. Et bien des solutions existent! Elles passent entre autres par :

-la communication : en empruntant les réseaux sociaux, les radios communautaires (Tuldé, Demet, Dodel). Aussi, en adoptant toutes les stratégies de communication : communication pour le changement de comportement (CCC), la mobilisation sociale et le plaidoyer.

-la sensibilisation : à travers le système « porte à porte », les sketchs, les séminaires, des discussions dans les cérémonies, dans les lieux publics (marché, garage, mosquée, etc…);

-L’implantation de panneaux d’interdiction et de panneaux publicitaires du genre « Nettoyer c’est bien, ne pas salir c’est encore mieux !!!». Encore faudrait-il alphabétiser les masses.

-La mobilisation sociale organisée concomitamment par l’Etat et la Municipalité avec des opérations de Vivres Contre Travail (VCT).

-L’organisation de panel impliquant l’Etat, la Commune, les ONG, les ASC, les Coopératives, les hommes d’affaire, les banques, les Saving Group, l’ADM, l’ADVB, GRADB, l’ASCOM et même l’armée (l’armée au service du développement).

-La création par la mairie d’un service d’hygiène (cf. proposition d’organigramme du service d’hygiène).

-Le traitement proprement dit des déchets :

o déblaiement des ordures : ce qui suppose un parc motorisé (voitures, chargeurs) géré par un personnel bien formé et bien rémunéré. L’inconvénient de cette opération c’est qu’on prend plus de matière terreuse que d’ordures. Il y a lieu de prôner la polyvalence du matériel autrement dit les tracteurs utilisés pour le labour peuvent tracter les déchets. D’autre part, commander dans les usines des godets avec tamis pour s’abstenir de charger des tonnes de sable inutilement, grand manque à gagner dans la lutte contre l’insalubrité.

o L’incinération : C’est un mode de traitement qui permet de diminuer incontestablement le volume des déchets. Dans les pays industrialisés, elle permet une production de chaleur utilisée dans les systèmes de chauffage et une production d’électricité par l’intermédiaire de turbo-alertnateurs.

L’incinération des pneus peut donner du fil de fer permettant le tissage de grillage. Elle peut également permettre la latérisation par cuisson d’argile. L’inconvénient serait que le dioxyde de carbone et le monoxyde de carbone (encore plus toxique) et des fumées (particules solides en suspension) génèrent des maladies cardio-pulmonaires.

o L’enfouissement : il serait souhaitable que le dépotoir terminal soit dans un guwd (zone interdunaire) pour faciliter l’enfouissement et plus tard planter des arbres dans les zones d’enfouissement. Les ordures non enfouis sont disséminées pendant les périodes de chasse-vent par déflation éolienne et appétées par les animaux qui présentent le pica (carence en sel). Ce phénomène s’aggrave avec les imperméables non biodégradables qui se retrouvent dans les panses des animaux.

o Le recyclage : la loi de Lavoisier est universelle et s’applique en tout temps et en tout lieu : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ». Par exemple, toute la matière organique peut être réutilisée comme engrais (compost) ou avec la méthanisation donnée du biogaz utilisé pour la cuisine et l’éclairage domestique (expérience vulgarisée à Ari Hara par l’ONG AMAD). La matière plastique refondue pour la fabrication de nouveaux matériaux en plastique, l’huile des moteurs utilisée contre les termites etc…Les sachets plastiques peuvent être entassés dans des pneus empilés et recouverts de ciment pour servir de bancs publics comme à Dakar; ils peuvent être aussi utilisés comme objets d’arts.

L’installation d’une usine de traitement de déchets doit être la phase terminale de la lutte contre l’insalubrité qui s’inscrit dans le long terme.

-La lutte contre l’insalubrité passe inéluctablement par le Civisme, l’Education; l’argent à lui seul est nécessaire et non suffisant. La méthodologie participative doit être de mise et la dimension Genre mise en exergue.

Conclusion :

De façon générale, l’insalubrité tue les humains, les animaux et les végétaux. Et ce sont ces trois éléments qui font la raison d’être du monde dans lequel nous vivons. C’est pour cela que ce phénomène qui prend une allure exponentielle doit être l’affaire de tous et c’est ce qu’a compris le GRET, le GRADB et l’ASS.COM.BOGHE (Association pour l’Assainissement de la Commune de Boghé) pour engager une action salvatrice à travers ces journées d’investissement humain avec des vacances citoyennes qui méritent d’être institutionnalisées et perpétuées.

D’autant plus que la lutte contre l’insalubrité est bancable dès l’instant où elle promeut l’hygiène (science de la santé qui est un bien être physique, physiologique, psychique, social, etc…) et la foi (l’hygiène fait partie de la foi) : Al Naza fatou minal imane. Minal imane, balayer tout en balayant de nos cœurs la haine, la médisance, la calomnie et la rancune et y cultivant l’amour d’autrui, l’altruisme, la magnanimité et en arrosant tout ceci avec l’eau de la paix, de la tolérance et de l’humilité.

Al Housseynou Sy dit Sy Aliou,
Professeur des sciences de la nature
Proviseur du Lycée de Bababé

Proposition d’organigramme du service d’hygiène de la Mairie de Boghé

 

http://cridem.org/C_Info.php?article=701555

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